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Nous organisons des cours d’apprentissage du français destinés aux parents mais actuellement le groupe ne compte que des mamans.De temps en temps, nous organisons une table de discussion sur diverses thématiques.Comme dans le groupe, il n’y a que des mamans, le thème de la parentalité et des...

Mme F. est une maman qui a la quarantaine et qui est originaire d’Amérique Latine. Voici son témoignage : « Dans mon pays, j’ai toujours été élevé dans les limites, dans l’organisation et les règles. Je suis la dernière, nous sommes 10 enfants : j’ai 5 frères et 4 sœurs. Par exemple : on dormait à...

Un souffle de liberté

31 Décembre 2019 31

Ces derniers temps nous avons beaucoup entendu parler du sujet des violences faites aux femmes et je voulais vous faire part d’un témoignage d’une jeune femme qui a subi beaucoup de contrôle et d’isolement avant son arrivée en Belgique. C’est une situation évoquant des faits qui existent bel et bien encore à notre époque malheureusement…
C’est une jeune femme que j’ai rencontrée dans le cadre de la permanence psychosociale. Etant arrivée pendant les vacances scolaires, il lui fallait trouver une école pour ses enfants pour la rentrée. J’ai pu l’aider dans d’autres démarches car étant arrivés récemment, il y avait beaucoup de démarches administratives à réaliser : demande d’allocations familiales, recherche d’activités pour les enfants etc. Déjà dans le cadre de toutes ces démarches cette jeune femme m’a épatée car ne maitrisant pas le français, étant une nouvelle arrivante, elle se débrouillait déjà pas mal et a été pousser pas mal de portes. Je la trouve vraiment débrouillarde.
M. est une jeune femme d’origine marocaine qui s’est mariée à 18 ans par choix et envie. Comme son mari vivait en Espagne, elle a quitté le Maroc pour faire sa vie avec lui.
Elle m’explique qu’elle n’avait pas peur de quitter sa vie pour en découvrir une nouvelle. Toutefois au début elle était très seule car sa belle-mère était restée au Maroc et elle se trouvait donc entourée que d’hommes de sa belle-famille et passait beaucoup de temps seule dans sa chambre pendant que son mari travaillait. Elle était sans téléphone, sans télévision donc très fortement isolée et passait beaucoup de temps à pleurer.
Quand la période de ramadan est arrivée, elle devait s’occuper de tout, des repas etc. Elle m’explique qu’heureusement avant de se marier, elle s’était préparée avec sa maman qui lui avait appris à faire le pain, des repas etc.
Sa belle-famille avait peur qu’elle se soit mariée uniquement pour les papiers et était très méfiante et très contrôlante, surtout sa belle-mère. Lorsqu’elle se rendait au Maroc pour voir sa famille, sa belle-mère gardait ses papiers « en otage » pour être sûre qu’elle ne s’enfuirait pas et il y avait toujours quelqu’un qui l’accompagnait lorsqu’elle rendait visite à sa famille pour pouvoir écouter les conversations. Idem pour les conversations téléphoniques : elle n’avait pas accès à un téléphone en journée, seulement en soirée quand son mari était présent et il y avait toujours quelqu’un pour écouter ses conversations. Tout cela avait pour but de la contrôler. Elle n’avait pas non plus droit de suivre des cours ou une formation.
Lorsqu’elle a eu son 1er enfant, elle m’explique que cela s’est mieux passé, la belle-famille était un peu rassurée mais avant cela elle était comme en prison. Le fait d’avoir son enfant aussi, elle avait une occupation. A partir d’un moment, elle a quitté leur logement mais pour se retrouver dans le même bâtiment à un autre étage ce qui permettait toujours le contrôle de qui rentre et qui sort, de vérifier sa tenue vestimentaire, ses achats, etc.
Ce qui m’interpelle, c’est qu’elle me raconte tout cela sereinement, limite en souriant et quand je lui fais remarquer que ce n’est pas normal ce qu’elle a vécu, que cela a dû être hyper dur à vivre, elle me répond qu’il faut juste de la patience pour pouvoir être bien et créer sa famille.
Ensuite, son mari est parti en Belgique, elle est restée un temps là-bas puis l’a rejoint avec les enfants. Enfin, plus de liberté…
Elle a de la famille ici, lui ayant dit que ce serait bien qu’elle vienne, ils ont aidé son mari à trouver un travail, du coup il a quitté son boulot en Espagne pour venir ici.
Elle me dit que son mari était impuissant vis-à-vis de sa famille, ce n’est pas spécialement qu’il cautionnait leur comportement mais il disait qu’il ne pouvait rien dire car c’était sa maman et son frère.
Sa famille à elle était partagée, une partie lui disait, l’avoir prévenue, d’être contre ce mariage. D’autres, lui ont dit que si elle souffrait, tant pis elle avait qu’à tout arrêter et divorcer et qu’ils seraient là pour elle.
Du coup, je réalise à quel point elle doit être heureuse d’être en Belgique loin de sa belle-famille et qu’elle peut enfin respirer.
Je l’interroge un peu sur ses impressions par rapport à la Belgique, les différences avec l’Espagne.
Elle me raconte que ce qui l’a frappé quand elle est arrivée en Belgique, c’est la multitude de transports. Au Maroc et en Espagne elle vivait dans une petite ville/village où il n’y a pas vraiment de transports. Du coup, chaque fois qu’elle devait aller quelque part, elle demandait à son frère qui vit en Belgique comment s’y rendre, c’était un peu compliqué au début.
En Espagne, elle trouvait que les hôpitaux sont vraiment biens, le personnel médical est bien, ils prennent bien le temps. Ici, elle ne le connait pas encore bien. Par contre, ici il y a beaucoup de personnes qui parlent arabe tandis que là où elle était en Espagne, personne ne le parlait donc c’est plus facile. Le soleil lui manque, le temps est différent ici car même si c’est l’été, cela ne veut pas dire qu’il fasse tout le temps beau. 
Au niveau de l’école, elle trouve que c’était mieux en Espagne, déjà c’est totalement gratuit, les enfants peuvent rester à l’école manger le midi sans frais de garderie. Ici, ils sont plus strictes sur l’alimentation, c’est bien parce que c’est mieux pour la santé mais du coup parfois ses enfants ne mangent pas assez.
Ses enfants se sont bien adaptés, ils aiment parler le Français, quand leurs parents parlent arabe ou Espagnol, ils disent qu’il faut parler français.
Cette situation illustre une violence psychologique et un contrôle vécu au quotidien. Ce récit de vie illustre un autre côté de l’histoire : certaines personnes qui épousent une personne venant d’un autre pays ont parfois peur d’être victime d’un mariage gris, qui est aussi un épisode violent pour ceux qui le vivent. Mais, dans ce cas-ci la peur d’un mariage gris engendre également de la violence sur la personne qui s’avère être sincère dans ses sentiments à cause des préjugés et stéréotypes ou d’autres situations vécues ou connues.
En tout cas, je suis contente qu’elle ait pu sortir de cette situation, s’éloigner et enfin respirer, vivre sa vie de famille de manière plus libre et sereine….

Merci pour ce témoignage

Coralie

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